Un Noël à la cour de France

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J&L Paris vous invite cordialement à célébrer les fêtes de fin d’année à la cour de France !

Célébration du solstice d’hiver ou fête de la Nativité, c’est une des traditions la plus ancienne de l’humanité. A la cour de France, fondamentalement catholique, les mots d’ordres sont à la prière et aux banquets. Bien que l’on s’octroie déjà à cette époque quelques cadeaux pour fêter la nouvelle année, qu’en est-il du sapin ? C’est une princesse allemande qui l’apporte dans ses bagages en 1837 pour illuminer nos noëls de mille feux.

Arbre de Noël de la reine Victoria, 1851
Arbre de Noël de la reine Victoria, 1851

Noël, de ses origines aux traditions catholiques

Noël, et plus largement la période allant jusqu’à l’épiphanie, divise souvent la population entre excitation, joie, chants ou lassitude, craintes et crises de foie. Or, cela n’a pas toujours été le cas sous l’Ancien Régime. Il a d’ailleurs fallu attendre à peu près la moitié du XIXème siècle pour que les dîners familiaux, les échanges de cadeaux et le sapin deviennent les symboles de la célébration de la naissance de Jésus ou du solstice d’hiver en France. 

“L’Avent et Noël sont des journées très pieuses et dédiées à la prière “

Noël tire les origines de son nom français d’après deux théories linguistiques : du latin natalis dies (le jour de la naissance) ou bien du gaulois noio hel  (nouveau soleil, soit le solstice). Or, à bien des égards ces deux racines prennent tout leur sens car la célébration de cette naissance est l’une des plus anciennes traditions et la fête de la Nativité la plus ancienne de la chrétienté. Or, le terme de « fête » ou de « célébration » à ce moment de l’année ne revêt pas le même caractère qu’aujourd’hui. Les rois de France sont intrinsèquement catholiques en obtenant leur pouvoir de Dieu le jour du Sacre. Ainsi, l’Avent et noël sont des journées très pieuses et dédiées à la prière sauf lors de quelques exceptions…

Les mots d’ordre à la cour de France : Prières et banquets!

En 1539, François Ier se doit d’accueillir Charles Quint lors de sa traversée du pays pour rejoindre Gand depuis l’Espagne. C’est à Fontainebleau, que les réjouissances ont lieu, du 24 au 30 décembre. A la lisière de la forêt, on organise des escarmouches de fantaisies, et à l’entrée du château un tournoi. Les souverains passent sous un arc de triomphe éphémère où une tribune de musiciens et chanteurs a été dressée. Impressionnés par le château et sa toute nouvelle galerie du Primatice, les espagnols furent déçus de la messe de minuit, jugée trop courte, mais apprécièrent celle de la grande messe du lendemain ainsi que la cérémonie des écrouelles.

Gravure d'Alfred Guesdon, 1840
Gravure d'Alfred Guesdon, 1840

Le roi est « thaumaturge », il guérit par la volonté de Dieu. Cette tradition, du roi touchant des malades de cette tuberculose des ganglions lymphatiques est un des événements de la veille de noël à la cour de France. Ainsi, à Versailles, Louis XIV respecte ce moment, tout en imposant une journée de recueillement, se confessant et travaillant, où fêtes et divertissements sont interdits ! Vers 21h le souverain prend un repas maigre, dans la continuité du jeûne de l’Avent, composé de poisson et de crustacés. Notre traditionnel plateau d’huîtres viendrait ainsi de cette époque. A 22h, le roi, sa famille et la cour se rendent à la chapelle royale pour la messe de minuit. Depuis le VIIème siècle, il s’agit en réalité de trois messes : la messe des Anges, la messe des Berges et la messe du Verbe divin.

“Ainsi, à Versailles, Louis XIV respecte ce moment, tout en imposant une journée de recueillement, se confessant et travaillant, où fêtes et divertissements sont interdits ! “

Jean Jouvenet, Louis XIV touchant les malades des écrouelles, 1690, Église Saint-Riquier
Jean Jouvenet, Louis XIV touchant les malades des écrouelles, 1690, Église Saint-Riquier

Une fois la messe terminée, c’est le repas gras qui marque la fin du jeûne. Oie, chapon et poule d’Inde espagnoles ou Amérique (devenue « Dinde »), mets de viande, plus exotiques ou rares composent alors ce dîner accompagné de vin de champagne très apprécié à la cour de France et de marrons glacés dont raffole Louis XIV. Le 25 décembre est ainsi célébré par un grand banquet et la grande messe de noël. Cette pieuse tradition sera respectée jusque sous Louis XVI. Sous Louis XV et jusqu’à la Révolution on organise un événement supplémentaire à noël : l’exposition des plus belles porcelaines de Sèvres dans le salon dit « des porcelaines » de l’appartement privé du roi, afin que les princes et seigneurs invités les achètent pour financer la manufacture royale.

Quid des cadeaux et du sapin ?

Les cadeaux sont à cette époque des étrennes (argent ou tabatières en or par exemple), comme des présages pour l’année à venir. Le roi, sa famille et les membres de la cour, les offrent à des personnes de leur choix au moment de la nouvelle année, bien que parfois ces petits présents furent offerts un peu en avance, proposant l’explication des cadeaux de noël. 

“Et le sapin, lui nous vient tout droit d’Allemagne ! C’est grâce à Hélène de Mecklembourg qui épouse en 1837 le duc d’Orléans, fils du roi Louis-Philippe. “

Franz Xaver Winterhalter, La duchesse d'Orléans et son fils, Philippe, comte de Paris, 1839
Franz Xaver Winterhalter, La duchesse d'Orléans et son fils, Philippe, comte de Paris, 1839

Et le sapin, lui nous vient tout droit d’Allemagne ! C’est grâce à Hélène de Mecklembourg qui épouse en 1837 le duc d’Orléans, fils du roi Louis-Philippe. Sa belle-mère, Marie-Amélie, lui fait la surprise de décorer un arbre dans son salon comme le veut la tradition allemande, pour lui rappeler ses noëls dans son pays d’origine. Cette pratique s’installe et perdure comme l’atteste une lettre de la princesse en 1844 où le sapin illuminé entouré de cadeaux trône au milieu de la pièce comme le nouveau roi de la fête.

Jessica T.

Crédits photos:
1. Guillaume Corden montre l’arbre de Noël de la jeune Reine Victoria au Château Windsor, en 1850. (Conservé au Royal National Trust) © Un Art anglais
2. Gravure d’Alfred Guesdon, 1840, Gravure d’Alfred Guesdon, 1840, Musée historique © Chateau de Fontainebleau
3. Louis XIV touchant les malades des écrouelles, Jean Jouvenet, 1690 © Commons wikimedia
4. La duchesse d’Orléans et son fils, Philippe, comte de Paris, 1839 © Commons wikimedia
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